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L’appartenance à un groupe : un bouclier psychologique contre l’isolement

Publié le 12 mars 2026 par Jane Doherty, Diana Cárdenas, Katherine J. Reynolds, Olivia Evans, Siyu Chen et James O'Donnel

En tant qu’animal social, notre santé mentale dépend, entre autres, de nos relations avec les autres. Il n’est donc pas surprenant que les confinements imposés durant la pandémie de la COVID-19, bien qu’essentiels pour sauver des vies, aient heurté ces liens et, par ricochet, notre bien-être psychologique.

Notre recherche s’est intéressée à une question centrale : l’appartenance à des groupes sociaux peut-elle nous protéger psychologiquement en période d’isolement?

Pour y répondre, nous avons mené deux études longitudinales quantitatives par sondage en Australie pendant la pandémie. Nos résultats suggèrent que l’appartenance à un groupe peut effectivement protéger notre santé mentale, tant pendant le confinement que tout au long de la pandémie. Plus précisément :

1. Appartenir à un quartier cohésif était associé à une réduction des symptômes de dépression chez les adultes (O’Donnell et coll., 2022).

2. Chez les adultes, un isolement d’environ trois mois provoquait une rupture des liens avec leurs groupes sociaux, entraînant ainsi une intensification des sentiments de solitude (étude 3 dans Evans et coll., 2022).

3. Chez des élèves du secondaire, leur lien d’attachement à leur école avant la pandémie prédisait une meilleure santé psychologique pendant celle-ci. Cependant, ces mêmes élèves ont connu une détérioration plus marquée de leur santé mentale pendant la pandémie (Chen et coll., 2024).

En somme, l’appartenance à un groupe social a le potentiel d’agir comme un bouclier psychologique, capable de protéger notre santé mentale en cas d’isolement. Toutefois, l’isolement peut aussi nous priver de nos liens, ce qui augmente notre vulnérabilité.

Cette recherche nous offre deux leviers d’action pour de futures crises :

1. Préparer : renforcer les liens et le sentiment d’appartenance au sein des communautés avant une crise. Cela nécessite des politiques inclusives, soutenues par des ressources économiques et logistiques suffisantes pour en garantir l’efficacité. Concrètement, il s’agit d’encourager les acteurs locaux (par exemple, les établissements scolaires, les organisations, les syndicats, les groupes communautaires, les ligues sportives) à développer des activités ou des pratiques favorisant le sentiment d’appartenance pour tous, en particulier pour les membres de groupes désavantagés.

2. Protéger : pendant une crise, adopter un discours inclusif et promouvoir des actions favorisant l’appartenance, qu’il s’agisse de liens locaux (groupes informels, professions) ou de liens globaux (Canadiens, humanité). Cela peut permettre de maintenir les liens d’attachement en période de crise, malgré l’isolement. Souligner l’importance de l’appartenance à un groupe comme outil de santé publique permettrait d’informer le discours des décideurs politiques en situation de crise. Ces politiques encourageraient des discours unificateurs soulignant la nécessité de travailler « ensemble » et de mobiliser des ressources pour aider les acteurs locaux à mener des campagnes de sensibilisation. Ces campagnes encourageraient à la fois des comportements qui réduisent la propagation du virus (comme l’isolement) et le maintien de l’appartenance à nos groupes, contribuant ainsi à préserver notre santé mentale.

En somme, en cultivant et en mobilisant activement nos groupes, nous pouvons mieux protéger notre santé mentale collective face à l’isolement.

Références

Chen, S., Cárdenas, D., Zhou, H., & Reynolds, K. J. (2024). School climate and school identification as protective factors of adolescent psychological wellbeing and learning engagement: A longitudinal investigation before and during COVID-19. Social Sciences and Medicine, 348, 116795. https://doi.org/10.1016/j.socscimed.2024.116795

Evans, O., Cruwys, T., Cárdenas, D., Wu, B., & Cognian, A.V. (2022). Social identities mediate the relationship between isolation, life transitions and loneliness. Behavior Change, 39(3), 191-204. https://doi.org/10.1017/bec.2022.15

O’Donnell, J., Cárdenas, D., Orazani, N., Evans, A., & Reynolds, K. J. (2022). The longitudinal effect of COVID-19 infections and lockdown on mental health and the protective effect of neighbourhood social relations. Social Sciences and Medicine, 114821. https://doi.org/10.1016/j.socscimed.2022.114821

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