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Des techniques accessibles à tous pour gérer les troubles de l’humeur

Publié le 30 janvier 2014 par Dan Bilsker

Dans un article publié dans un précédent numéro de Quintessence, j’ai écrit sur le Soutien à l’autogestion (SAG) des troubles de l’humeur, une approche qui s’avère être d’une efficacité surprenante, malgré sa facilité d’implantation et les coûts minimes qu’elle engendre. Le SAG préconise l’enseignement aux patients de méthodes fondées sur des données probantes afin que ces derniers puissent gérer plus efficacement leur dépression. Ils obtiennent sans frais le Guide d’autosoins pour la dépression à l’adresse : http://www.comh.ca/publications/resources/asw/SCDP-French.pdf,  en plus d’avoir accès au soutien d’un professionnel de la santé, d’un travailleur d’entraide ou d’un membre de leur famille. Les techniques enseignées dans ce guide sont basées sur la thérapie cognitivo-comportementale.

L’objectif de notre groupe de recherche (CARMHA) à l’Université Simon Fraser de Vancouver est de fournir ce guide aux Canadiens et aux Canadiennes qui souffrent de troubles de l’humeur. Il s’agit d’un objectif ambitieux, voire démesuré, mais nous continuons sans relâche à faire connaître cet outil. Malgré un budget de diffusion limité ─ ou plutôt, avec aucun budget ─, un nombre étonnant de patients l’ont déjà adopté.

Voici deux graphiques illustrant le nombre de téléchargements du Guide d’autosoins pour la dépression. Le premier indique tous les téléchargements effectués entre 2009 et 2013 illustrant une augmentation graduelle du taux de téléchargement jusqu’à l’atteinte d’un point d’inflexion en janvier 2013. C’est à ce moment que les téléchargements ont commencé à augmenter de façon radicale, avec une hausse beaucoup plus marquée pour la version française. À la fin de l’année 2013, la version anglaise comptait 900 téléchargements par mois, alors que la version française avait été téléchargée 1 600 fois par mois! Le deuxième graphique porte sur la répartition géographique des téléchargements, notamment ceux effectués au Québec. Il démontre que le nombre de téléchargements est réparti de façon impressionnante d’un bout à l’autre de la province.

Voici les questions évidentes à se poser :

  • Pour quelle raison le matériel sur l’autogestion des soins a-t-il connu une si grande popularité dans l’ensemble du pays?
  • Pourquoi le nombre de téléchargements a-t-il augmenté aussi subitement il y a environ un an?
  • Pourquoi ce nombre a-t-il augmenté de façon si radicale au Québec?

Ces réalités peuvent être analysées en fonction du processus de la non-linéarité qui suggère que des effets imprévus sont engendrés par des interactions qui surviennent à l’intérieur d’un système complexe[1]. Il est possible qu’une « modification infime des conditions initiales d’un système non linéaire déterministe puisse entraîner des variations importantes d’un état futur ». Il s’agit de l’effet papillon[2] qui rappelle la métaphore colorée selon laquelle le battement d’ailes d’un papillon des semaines antérieures peut déclencher un ouragan. Bien que nous n’ayons mené aucune activité promotionnelle, la popularité élevée de notre outil d’autogestion des soins semble être un bel exemple de l’effet papillon. Cependant, cette conclusion nous pousse encore à chercher des réponses spécifiques aux trois questions posées ci-dessus, lesquelles nous aideraient à faire connaître cet outil ainsi que d’autres pratiques novatrices en matière de santé mentale.

Références

[1] Litaker, D., Tomolo, A., Liberatore, V., et coll. (2006). Using complexity theory to build interventions that improve healthcare delivery in primary care. Journal of General Internal Medicine, 21, S30-34.

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_papillon