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Et si on utilisait l’art pour promouvoir le rétablissement en contexte de crise?

Publié le 12 juin 2026 par Marjolaine Rivest-Beauregard, Roxane de la Sablonnière, Audrey L’Espérance, Lily Lessard, et Manuela Ferrari

Au cours des dernières années, nous avons collectivement dû faire face à plusieurs crises et changements sociaux dramatiques, notamment la pandémie de la COVID-19, des conflits armés ou des catastrophes naturelles. Ces événements sont associés à l’ambiguïté sociale, à l’incertitude et à la détresse psychologique (de la Sablonnière, 2017). Dans ce contexte, il devient important de créer des espaces permettant aux individus et aux communautés touchés de se rétablir, c’est-à-dire d’améliorer leur bien-être (United Nations Office for Disaster Risk Reduction, 2017). Le rétablissement collectif implique particulièrement de reconnaître les expériences vécues et de favoriser le partage d’émotions ainsi que la construction d’une compréhension commune des événements traversés (Koh, 2021). Dans cette perspective, les espaces artistiques et culturels, comme les musées, pourraient favoriser le partage d’expériences communes et le développement d’une mémoire collective, contribuant ainsi au processus de rétablissement (Koh, 2021).

Les espaces artistiques comme lieux de rétablissement collectif
Les musées peuvent offrir des espaces propices à l’expression émotionnelle et à la guérison psychologique, en plus d’encourager les réflexions collectives sur les répercussions sociales et psychologiques des événements vécus (Koh, 2021). Ainsi, les musées présentent une opportunité importante de promouvoir le processus de rétablissement dans des contextes de crise et de changements sociaux dramatiques.

D’ailleurs, quelques équipes de recherche se sont déjà penchées sur la question du rôle que les musées peuvent jouer dans le processus de rétablissement en contexte de pandémie de la COVID-19. Par exemple, en Chine, 27 visiteurs et visiteuses d’un musée d’expositions numériques ont pris part à des entrevues afin d’identifier différentes dimensions du bien-être psychologique. Ce musée numérique aurait agi comme catalyseur du bien-être en soutenant l’engagement émotionnel à travers les expositions, l’immersion sensorielle, l’éloignement du stress quotidien, l’inspiration générée par les expositions et, finalement, la compréhension des expériences d’autrui (Wu et al., 2025). Cette étude suggère que les espaces artistiques pourraient soutenir le processus de rétablissement en favorisant l’engagement émotionnel suscité par les expositions, l’immersion sensorielle et une meilleure compréhension des expériences d’autrui. Une étude similaire menée au Royaume-Uni auprès de 24 participants a évalué l’influence des visites numériques de musées pendant la pandémie sur le bien-être des visiteurs et visiteuses (Luck et Sayer, 2024). Plus spécifiquement, les visiteurs et visiteuses ont rapporté un sentiment accru de connexion au monde et de satisfaction envers leur vie, ainsi qu’une diminution des émotions négatives comme la nervosité, la peur et la culpabilité (Luck et Sayer, 2024). Cependant, puisque ces études reposent sur des données préliminaires, davantage de recherches sont nécessaires afin d’évaluer le potentiel des espaces artistiques et communautaires à soutenir le bien-être et le rétablissement en contexte de crise.

Conclusion : participer à la vie culturelle pour se rétablir
Bien que les connaissances scientifiques sur le rôle des espaces artistiques et culturels dans les contextes de crise demeurent préliminaires, leur potentiel va au-delà du divertissement. En effet, une revue de la littérature, composée de 21 études rigoureuses en art-thérapie, montre des effets bénéfiques sur le bien-être des personnes ayant vécu un événement traumatique (Maddox et al., 2024). Bien que les musées ne soient pas des interventions d’art-thérapie, ils mobilisent eux aussi l’expérience artistique, les émotions et la réflexion collective. Les recherches existantes invitent donc à étudier plus sérieusement le potentiel des musées comme espaces de connexion sociale, de réflexion collective et de rétablissement post-crise.

Références

de la Sablonnière, R. (2017). Toward a psychology of social change: A typology of social change. Frontiers in psychology8, 397. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2017.00397

United Nations Office for Disaster Risk Reduction (UNDRR). 2017. The Sendai Framework Terminology on Disaster Risk Reduction. “Recovery”. Consulté le 10 mai 2026. https://www.undrr.org/terminology/recovery

Coles, A., & Harrison, F. (2018) Tapping into museums for art psychotherapy: an evaluation of a pilot group for young adults. International Journal of Art Therapy, 23(3), 115-124. https://doi.org/10.1080/17454832.2017.1380056

Koh, E. (2021). The Healing of Historical Collective Trauma. Genocide Studies and Prevention: An International Journal, 15(1), 115–133. https:// doi.org/10.5038/1911-9933.15.1.1776

Luck, A., et Sayer, F. (2024). Digital Engagement and Wellbeing: The Impact of Museum Digital Resources on User Wellbeing During COVID-19. Heritage & Society17(2), 169–190. https://doi.org/10.1080/2159032X.2023.2228173

Wu, J., Tuo, Y., Bai, C., et Lin, Z. (2025). Curating wellness: Exploring healing experiences in digitally transformed museums. Tourism Management, 111. https://doi.org/10.1016/j.tourman.2025.105207

Maddox, G. A., Bodner, G. E., Christian, M. W., et Williamson, P. (2024). On the Effectiveness of Visual Arts Therapy for Traumatic Experiences: A Systematic Review and Meta-Analysis. Clinical Psychology & Psychotherapy31(4), e3041. https://doi.org/10.1002/cpp.3041

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