Article

La prévention des RPS avant la promotion du bien-être au travail

Publié le 28 mai 2015 par Michel Vézina

Plusieurs entreprises ont malheureusement tendance à euphémiser, voire à nier le caractère pathogène que présentent certaines formes d’organisation de travail et de pratiques de gestion. Sous prétexte de favoriser une approche positive, elles semblent plutôt investir du côté de la promotion, entre autres, de saines habitudes de vie dans le but de favoriser le bien-être de leurs employés. Or, toute souhaitable est-elle, une activité de promotion du bien-être au travail ne permet pas nécessairement de réduire les risques psychosociaux (RPS), alors que la prévention des contraintes organisationnelles ou psychosociales s’accompagne nécessairement d’une amélioration du bien-être au travail.

Ces contraintes concernent, principalement, la charge de travail élevée, le peu d’autonomie au travail, le manque de reconnaissance pour les efforts fournis, le harcèlement psychologique, le faible soutien des collègues ou des supérieurs. En plus des problèmes de santé mentale, ces facteurs sont liés à la présence de maladies cardio-vasculaires et musculo-squelettiques, ce qui constitue les trois problèmes de santé les plus fréquents et les plus invalidants au sein de la population. Ces contraintes psychosociales et organisationnelles font référence à des situations précises, fréquentes et modifiables[1].

Dans ce contexte, nous comprenons mieux pourquoi la réduction des RPS au travail est une priorité pour la santé publique, d’autant plus que l’exposition à ces risques contribue aux inégalités sociales de santé. En effet, l’exposition à des risques psychosociaux au travail est une variable explicative d’un pourcentage important des inégalités sociales de santé observées dans la population. D’ailleurs, de nombreuses études ont pu mettre en évidence que plusieurs contraintes physiques et psychosociales ont une prévalence plus élevée dans les catégories d’emploi situées au bas de l’échelle. Ces études ont également pu démontrer que les inégalités observées pour plusieurs problèmes de santé disparaissent ou diminuent lorsque nous tenons compte de l’exposition à des contraintes physiques ou psychosociales au travail. En d’autres termes, ce n’est pas le manque de scolarité en soit qui est pathogène, mais la conséquence de ce manque sur l’accessibilité à des conditions saines de travail et à un revenu décent.

Références

[1] St-Arnaud, L. & Vézina, M. (2010). Les interventions organisationnelles pour prévenir les problèmes de santé mentale en milieu de travail. Quintessence, 2(5) : 1-2.