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Comment intervenir ensemble auprès des mères qui ont un problème de santé mentale dans le cadre du programme SIPPE ?

Publié le 26 mai 2014 par Le Ngoc Lam

Au cours de la dernière année, les équipes FEJ[1] et santé mentale du CSSS Dorval-Lachine-Lasalle, ont procédé à la rédaction d’un document intitulé « Arrimage entre les services FEJ-DI-TED-DP[2], accueil psychosocial et santé mentale». Ce document a été rédigé en réponse aux préoccupations des intervenants du programme SIPPE[3] envers la collaboration avec l’équipe de santé mentale. Il s’agit d’un cadre de pratique qui a pour but d’accroître la collaboration et de faciliter l’arrimage entre les divers services. Depuis l’automne dernier, moment de son implantation au sein des équipes FEJ et santé mentale, nous avons noté une amélioration sur le plan de la communication entre nos intervenants. Étant donné qu’il s’agit de deux programmes dont les mandats sont distincts, le travail de collaboration demeure complexe et les défis à relever sont énormes.

L’une des premières difficultés est liée à la méconnaissance des SIPPE de la part des intervenants en santé mentale. Les mères suivies en SIPPE sont souvent imprévisibles et peu collaboratives face aux services offerts. Les intervenants SIPPE doivent investir du temps et de l’énergie afin de créer et de maintenir des liens de confiance. Ainsi, lorsqu’ils rencontrent une mère qui présente des symptômes de problèmes de santé mentale, un effort supplémentaire est nécessaire pour l’encourager et l’inciter à consulter un service spécialisé. Or, il arrive souvent que l’intervenant en santé mentale mette fin à un suivi demandé par le programme SIPPE parce que la cliente ne vient pas à ses rendez-vous, un problème fréquemment observé dans les suivis SIPPE. Par ailleurs, les intervenants en santé mentale font face à des listes d’attente qui ne leur permettent pas d’attendre une cliente qui ne respecte pas ses engagements, ce qui se situe à l’opposé de l’approche SIPPE.

D’autre part, le programme SIPPE préconise les visites à domicile, tandis qu’en santé mentale, l’un des objectifs est d’inciter le client à sortir de son domicile pour améliorer son état d’esprit et briser son isolement. Pour les intervenants en santé mentale, le fait de se rendre à domicile constituerait donc un changement d’approche s’ils souhaitaient s’adapter à celle du programme SIPPE. Les intervenants doivent apprendre à se connaître et à comprendre la réalité de chacun pour que ce changement puisse se faire. La présence et le soutien des chefs auprès des intervenants sont primordiaux afin de favoriser ce travail de collaboration.

Par ailleurs, les intervenants se posent des questions sur leurs rôles et leurs responsabilités respectives dans ce continuum de services. Ce sont des questions pertinentes qui suscitent des discussions afin de mieux clarifier et définir ces rôles et ces responsabilités.

Nous avons envisagé des solutions, dont la possibilité que les intervenants s’approprient des outils communs d’évaluation et de suivi, ce qui les amènerait à une même compréhension des faits et à partager une approche commune d’intervention. Le plan de service individualisé (PSI) serait entre autres un outil clé pour faciliter la concertation et la cohésion dans les interventions.

Cette collaboration est une occasion d’améliorer les services offerts à cette clientèle. Il est nécessaire de prendre le temps de s’investir dans une telle démarche, qui devrait également être soutenue par les instances supérieures et devenir une priorité ministérielle.

Références

[1] FEJ : Services Famille enfance jeunesse

[2] FEJ-DI-TED-DP : Famille enfance jeunes-déficience intellectuelle-troubles d’envahissement de développement-déficience physique

[3] SIPPE : Service intégré en périnatalité et pour la petite enfance, offert en CSSS. Pour en savoir plus sur ce programme, voir la Quintessence « Pour un développement optimal des enfants vivant en contexte de vulnérabilité: l’intervention précoce et le soutien parental »