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Des jeunes plus à risque de suicide

Publié le 10 décembre 2019 par Annie Vaillancourt (conseillère au développement de la recherche au CRUJeF), Lynda Poirier (directrice générale du Centre de prévention du suicide de Québec), Michel Dorais (professeur titulaire et chercheur à l’Université Laval)

Les adolescents de la diversité sexuelle et de genre (gais, lesbiennes, bisexuels, trans, etc.) sont au moins trois fois plus à risque de suicide (idéations suicidaires, tentatives de suicide et suicides accomplis) que les autres jeunes de leur âge (Haas et Lane, 2015) et ce risque augmente s’ils ont été victimes d’intimidation (Dorais, 2014; Pugnière, 2013). Sachant qu’avoir été victime d’intimidation est un facteur de risque de suicide à l’adolescence, mais aussi à l’âge adulte (Klomek Sourander et Gould, 2010), on comprend vite toute l’importance d’accorder une attention particulière aux jeunes susceptibles d’en être la cible. Dans la même veine, une étude sur la perception de 1555 adolescents à l’égard du poids a démontré que la majorité des jeunes interrogés ont vu certains de leurs pairs se «faire traiter de noms» (91%), «être ignorés, évités ou exclus de certaines activités sociales» (76%) en raison d’un surplus de poids. Des comportements qui provenaient parfois de parents et de professeurs (Puhl, Luedicke et Heuer, 2011).

En 2016, dans l’objectif de contrer les problèmes de stigmatisation, discrimination, intimidation et cyberintimidation vécus par plusieurs jeunes de la diversité (LGBTQ+, en situation de handicap, aux prises avec un problème de santé mentale et issus de minorités ethniques), le Centre de prévention du suicide de Québec (CPSQ) a mis sur pied une campagne de sensibilisation à la différence intitulée Semblables et différents à l’intention de ces adolescents, de leurs professeurs, intervenants, parents, proches et des intimidateurs potentiels. Dans une des capsules vidéos, une jeune témoigne: «Pour un oral de classe, j’ai parlé de ma famille. Mes parents sont venus ici à cause du génocide et j’ai appris ce que c’était aux gens de ma classe. Pour qu’ils en sachent un peu plus sur mon pays, sur mes origines. Je n’aurais jamais fait ça quand j’étais petite. Je détestais être noire. Les enfants ne voulaient pas jouer avec moi juste parce que j’étais noire…»

Des situations comme celles-là, tous les jeunes de la diversité sont susceptibles d’en vivre parce qu’ils sortent du rang. On les incite directement ou indirectement à avoir honte d’eux-mêmes et ils sont à risque d’en subir les conséquences: la peur, l’auto-stigmatisation, les idéations suicidaires, etc. Or, «la honte est plus légère quand l’entourage cherche à comprendre et non pas à juger» (Cyrulnik, 2012).

La prévention du suicide chez les jeunes de la diversité sous toutes ses formes passe donc, entre autres, par la valorisation des forces acquises par ces jeunes à travers leur cheminement d’acceptation et d’affirmation de soi, l’écoute, le non-jugement et le recours au développement de passions pour leur donner envie de se réaliser pleinement. À noter que l’intervention de tous en situation d’intimidation est essentielle aussi pour que les comportements délétères cessent.

Semblables et différents, la campagne de sensibilisation à la différence du CPSQ, en est à sa seconde phase dans les milieux scolaires de la région de Québec. Pour en savoir plus sur cette campagne, inviter des intervenants dans vos écoles et consulter les capsules vidéos: https://www.cpsquebec.ca/programmes/.

Références

Cyrulnik, B. (2012). La honte. Paris, Odile Jacob.
 
Dorais, M. et Lajeunesse, S. L. (2014). Mort ou fif. Homophobie, intimidation et suicide. Nouvelle édition revue et augmentée. Typo, 176 p.
 
Haas, A.P. et Lane, A. (2015). Collecting Sexual Orientation and Gender Identity Data in Suicide and Other Violent Deaths: A Step Towards Identifying and Addressing LGBT Mortality Disparities. LGBT Health, vol. 2, no 1, p. 84-87.
 
Klomek, B., Sourander, A. et Gould, M. S. (2010). The Association of Suicide and Bullying in Childhood to Young Adulthood: A Review of Cross-Sectional and Longitudinal Research Findings, The Canadian Journal of Psychiatry, vol. 55, no 5, p. 282-288.
 
Pugniere, J.M. (2013). Suicide des jeunes et homophobie en France: présentation d’une enquête et d’actions de prévention. Service social, Vol. 59, no 1, p. 17-34.
 
Puhl, R., Luedicke, J. et Heuer, C. (2011). Weight-Based Victimization Toward Overweight Adolescents: Observations and Reactions of Peers, The Journal of School Health, vol. 81, no 11, p. 696-703.