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Événements climatiques extrêmes et santé mentale

Publié le 7 novembre 2017 par Lily Lessard et Geneviève Brisson

Même si les événements climatiques extrêmes (ÉCE) surviennent depuis des siècles, leur fréquence et leur amplitude sont appelées à s’accroître avec les changements climatiques. D’ailleurs, l’actualité de 2017 a été ponctuée de tels événements : inondations du printemps à Montréal et ailleurs au Québec, ouragans Harvey, Irma et Maria qui ont ravagé le sud des États-Unis et les Antilles, feux de forêt en Colombie-Britannique, en Californie et en Europe.

Les ÉCE constituent des sources de stress importantes mettant à l’épreuve les capacités d’adaptation des personnes touchées. Lors d’un sinistre, il est fréquent d’observer une désorganisation de la vie quotidienne, des états de stress aigu, des sentiments de vulnérabilité, de la détresse psychologique et de l’épuisement [1] [2]. Ces impacts des ÉCE sont notamment associés aux déplacements et délocalisations, à la réorganisation des habitudes de vie, aux pertes matérielles et humaines, aux incertitudes, aux craintes de récidives et à la dégradation de l’environnement [3] [4]. Pour certaines personnes, ces impacts mèneront, à plus long terme, à des conditions pathologiques comme des troubles de l’adaptation, deuils pathologiques, états de stress post-traumatique, troubles anxieux, dépressions, abus de substances et suicides [2] [5]. Présentement, les mesures pour faire face aux dimensions psychologiques liées aux ÉCE se concentrent sur le court terme. Il est donc urgent de trouver aussi des solutions d’adaptation concrètes, réfléchies, concertées et durables pour limiter les impacts négatifs à long terme [6].

La gestion des urgences est souvent modélisée de façon séquentielle en phases correspondant à :

  • la prévention et l’atténuation du risque associé aux ÉCE en réduisant les vulnérabilités ;
  • la préparation à la survenue de l’ÉCE ;
  • l’intervention visant à protéger la vie et les biens matériels ;
  • le rétablissement des individus et des communautés [7].

Toutefois, si les phases de préparation et d’intervention où interviennent les équipes d’urgence sont réputées – efficaces au Canada pour répondre aux besoins immédiats des populations touchées [8], cette appréciation semble plus mitigée lors des phases de prévention et de rétablissement. Or, ces moments commencent dans les semaines ou les mois qui suivent l’exposition à l’ÉCE [8] [9] et concordent avec le retrait des équipes d’urgence. Les soins et services disponibles pour les personnes touchées relèvent alors du niveau local, tant institutionnel et que communautaire.

Il est donc essentiel d’outiller les intervenants et organisations de manière innovante et complète pour les phases de rétablissement et de prévention pour qu’ils soient à l’affût des besoins des personnes les plus vulnérables face aux ÉCE et qu’ils puissent déployer rapidement des moyens pour prévenir ou réduire les problèmes de santé mentale. De plus, la récurrence accrue des ÉCE avec les changements climatiques amène à repenser le modèle de gestion des urgences pour le concevoir, de plus en plus, comme un processus continu et dynamique [10].

Pour en savoir davantage, nous vous invitons à consulter le site Mon climat, ma santé qui présente notamment un dossier sur l’adaptation aux ÉCE. L’Institut national de santé publique offre également des formations gratuites à l’attention des médecins et des infirmières sur les impacts des changements climatiques sur la santé qui incluent un volet sur les sinistres naturels et la santé mentale. Plusieurs outils aidant à la détection des problèmes de santé mentale et la prise en charge des personnes touchées y sont proposés, tout comme dans le Répertoire d’instruments pour la surveillance des impacts psychosociaux des aléas climatiques. Nous vous invitons également à consulter la fiche d’un projet de recherche en cours visant à mieux caractériser les impacts des ÉCE et travailler de concert avec les acteurs des secteurs cliniques et communautaires des régions pour y améliorer les réponses visant à prévenir ou réduire les problèmes de santé mentale liés aux ÉCE.

Références

[1] Charbonneau, J., Ouellette, F.-R., & Gaudet, S. (2000). Les impacts psychosociaux de la tempête de verglas au Québec. Santé mentale au Québec, 25(1), 25.

[2] Boyer, R & Villa, J. (2011). Faisabilité d’un suivi des impacts psychosociaux des aléas climatiques : Institut National de santé publique du Québec.

[3] Berry, H. L., Bowen, K., & Kjellstrom, T. (2010). Climate Change and Mental Health: A Causal Pathways Framework. Int J Public Health, 55(2), 123-132.

[4] Gosselin, P., Bélanger, D., & Doyon, B. (2008). Chapitre 6 Les effets des changements climatiques sur la santé au Québec. In Santé Canada (Ed.), Santé et changements climatiques : Évaluation des vulnérabilités et de la capacité d’adaptation au Canada. Ottawa, ON.

[5] Ahern, M., Kovats, R. S., Wilkinson, P., Few, R., & Matthies, F. (2005). Global Health Impacts of Floods: Epidemiologic Evidence. Epidemiol Rev, 27, 36-46.

[6] Kabish, S., Kunath, A., Scheweizer-Ries, P., & Steinführer, A. (2012). Vulnerability, Risks, and Complexity: Impacts of Global Change on Human Habitats. Göttingen, Germany : Hogrefe Publishing.

[7] Sécurité publique Canada (2011). Guide pour la planification de la gestion des urgences 2010-2011 : Sécurité publique Canada.

[8] Laurendeau, M., Labarre, L., & Senecal, G. (2007). La dimension psychosociale des interventions en situation d’urgence dans les services sociaux et de santé. Open Medicine, 1(2), 6.

[9] Malenfant, P.-P. (2013). Le rétablissement psychosocial : L’intervention sociosanitaire en contexte de sécurité civile (Vol. Module 7) : Ministère de la Santé et des Services sociaux.

[10] Reser, J.P. & Swim, J.K. (2011). Adapting to and Coping with the Threat and Impacts of Climate Change. Am psychol, 66 (4), 277-89.