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Évolution des politiques

Publié le 28 février 2011 par Léo-Roch Poirier

Jusqu’aux années 1960, les services offerts aux personnes ayant un problème de santé mentale relèvent surtout des hôpitaux psychiatriques. Ils accueillent souvent plusieurs milliers de « malades », ont essentiellement une fonction de gardiennage et n’offrent que peu de traitements structurés. Plusieurs facteurs ont toutefois fait en sorte que les choses changent très rapidement : l’introduction des neuroleptiques, la mise au point de programmes de spécialisation médicale en psychiatrie et surtout, la dénonciation par les usagers eux-mêmes des conditions de vie dans ces hôpitaux.

Le rapport de la Commission d’étude des hôpitaux psychiatriques (1961-1962) entraîne un vaste mouvement de désinstitutionnalisation, le développement de la psychiatrie communautaire, la mise en place de services de psychiatrie dans les hôpitaux généraux, faisant appel à diverses disciplines spécialisées, et l’élargissement de l’offre de services. Dès lors, le secteur de la santé mentale devient le creuset d’expériences reprises dans d’autres secteurs : développement des ressources communautaires, régionalisation, défense des droits des usagers, création du Comité de la santé mentale du Québec.

Les travaux de ce Comité jettent les assises de la Politique de santé mentale adoptée en 1989. Elle est élaborée en grande partie par des acteurs extérieurs au gouvernement comprenant non seulement des cliniciens et des décideurs, mais aussi des représentants d’usagers, de proches et du milieu communautaire. Cette politique précède de trois ans la politique plus générale de santé et de services sociaux qui en reprendra les mêmes grandes orientations : primauté de la personne, reconnaissance du rôle des ressources communautaires, partenariat, régionalisation, dispensation des services dans le milieu de vie.

Malgré la vision large et novatrice présentée dans cette politique et l’accueil favorable qu’elle a reçu, sa mise en œuvre a été plus laborieuse que prévu, et plusieurs grands pans du projet original n’ont jamais vu le jour. À la suite du bilan de son implantation, réalisée en 1995-1996, le ministère de la Santé et des Services sociaux a proposé des orientations qui, après consultation, ont donné lieu, en 1998, au Plan d’action pour la transformation des services de santé mentale. Encore plus que la Politique, le document insiste sur l’offre de services destinés aux personnes atteintes de troubles graves et persistants; on n’y fait pour ainsi dire pas mention des troubles transitoires comme la dépression ou l’anxiété qui touchent un très grand nombre de personnes ni d’actions dans le domaine de la promotion de la santé et de la prévention, comme la prévention du suicide. C’est en particulier sur ces aspects que le Plan d’action en santé mentale 2005-2010 se démarquera. Les grandes lignes de ce plan sont brièvement décrites dans le bulletin Quintessence de mars 2011. La période couverte par ce plan étant achevée, d’autres orientations sont attendues à court terme.