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La démarche ‘Se donner du souffle’ du RRASMQ: agir sur les causes, ensemble. Partie 2: comprendre les causes pour agir ensemble.

Publié le 15 février 2020 par Anne-Marie Boucher, responsable aux communications et à l’action sociopolitique et Mathilde Lauzier, coresponsable à la formation et au développement des pratiques du RRASMQ

À l’automne 2018, les rencontres Pour faire la lumière, animées par l’équipe du RRASMQ, ont pris leur envol dans 10 régions, rassemblant des personnes membres et travailleuses des ressources alternatives et dans certains cas, des groupes de défense des droits en santé mentale. Ces rencontres visaient à faire une analyse sociopolitique des causes du tort subi, à partir de questions toutes simples comme «pourquoi?», «qui en souffre?», «qui en profite?», etc. Cette analyse, faite en groupe, a permis de mieux comprendre les causes ainsi que les forces sociales en jeu, et à élaborer, ensemble, une exigence de changement visant à transformer la dynamique de pouvoir et changer la situation. Elles nous ont permis également d’incarner plus concrètement le langage sur les droits et à adopter une exigence de changement.

Agir ensemble : un défi?

En repartant de l’analyse et de l’exigence de changement adoptée en commun, la rencontre S’organiser pour que ça change a permis aux groupes de développer une revendication stratégique, d’identifier leur cible avec des actions à leur portée et à leur couleur pour la faire avancer. Ces rencontres ont également été l’occasion, pour les personnes premières concernées, de prendre parole et de se solidariser ensemble.

Or, malgré la mise en commun des réflexions et une forte indignation, le moment de la mobilisation a été un réel défi pour plusieurs ressources qui n’ont pas réussi, pour différentes raisons nommées plus loin, à poursuivre la démarche. Dans d’autres régions, la mobilisation s’est construite à partir de concertations déjà existantes entre les groupes. Par exemple, à Montréal, une trentaine de personnes membres et intervenantes de cinq ressources alternatives ont formé un comité et se sont associées à une vidéaste avec qui elles réalisent, à l’hiver 2020, une vidéo pour sensibiliser à la question des préjugés dans le système de santé. En Estrie, les participants ont su tirer avantage de l’alliance avec des groupes travaillant déjà sur l’enjeu de la pauvreté… c’est ainsi que nous avons vu l’émergence d’un comité Dignité dans la région du Brome-Missisquoi, auquel plusieurs premières personnes concernées ont participé, en y ramenant un argumentaire quant à l’impact de la pauvreté sur la santé mentale. Dans les Laurentides, les membres ont réalisé une action symbolique lors d’une conférence de presse pour la Journée de l’Alternative en santé mentale afin de mettre en lumière l’importance de l’accès à des alternatives sans la nécessité d’un diagnostic et sans égard à la nature de celui-ci.

Bien que la démarche ne soit pas terminée, son processus d’évaluation continue nous permet d’identifier qu’une prise de conscience permettant de passer d’une lecture BESOIN-SERVICE vers une lecture DROITS BAFOUÉS – ACTION SOCIOPOLITIQUE est désormais plus évidente pour les intervenantEs et les membres des ressources participantes. Dans certaines régions, il est toutefois plus difficile de mettre en branle la mobilisation. Dans ces cas, plusieurs facteurs sont à prendre en compte: la distance entre les groupes, l’engagement formel et la capacité de soutien des organisations au leadership et à la participation des personnes premières concernées, le roulement des acteurs participants lors des différentes rencontres, l’appel à un changement de culture qui redéfinit le rôle des intervenantEs et demande d’engager de nouvelles activités ou orientations.

Néanmoins, pour les groupes membres, la démarche aura été formative: ils se disent davantage outillés pour ouvrir des espaces de parole qui permettent de passer du je au nous, d’une lecture individuelle à une lecture collective basée sur les droits. Et cette façon d’aborder des enjeux entourant la santé mentale des personnes consolide, de fait, la résistance à la force d’aliénation que représente la biopsychiatrie (ou la médicalisation des problèmes sociaux).

Et l’avenir?

Collectivement, le RRASMQ et ses membres s’apprêtent à fédérer les différentes revendications régionales pour un plaidoyer en santé mentale résolument ancré dans le vécu des personnes premières concernées et porteur de leurs espérances, dans le cadre d’une plateforme de revendications appelée Trois chantiers pour une approche globale en santé mentale au Québec. En élargissant à la base le travail d’analyse sociopolitique par l’approche d’ÉPA, nous espérons avoir renforcé collectivement notre capacité à nous engager dans des actions de transformation sociale.
 

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Travail social et santé mentale