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La santé mentale des jeunes… et si on considérait la perspective sociale

Publié le 5 septembre 2019 par Geneviève Cloutier, Ph.D. 1

Le stress, l’anxiété et la dépression semblent de plus en plus présents chez les jeunes adultes. Une augmentation alarmante des problèmes de santé mentale se dégage aussi des portraits de santé des adolescents, notamment pour les troubles anxieux et les troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (Traoré, Julien, Camirand, Street et Flores, 2018). Les données statistiques suggèrent également une présence de troubles mentaux chez les tout-petits âgés de 0 à 5 ans, ceux-ci étant surtout reliés à des problèmes comportementaux et émotionnels (Observatoire des tout-petits, 2017). Les médias nous rappellent en continu la souffrance vécue par un grand nombre de jeunes. Et les diagnostics se succèdent pour tenter d’y remédier ou du moins d’en entrevoir les solutions. Celles-ci se résument souvent à la médication ou à des solutions individuelles visant la modification de comportements. S’en tenir à ces constats s’avère risqué et très limité.

Attardons-nous à ce qui caractérise notre société contemporaine. Les jeunes grandissent et se développent dans une société où la performance est omniprésente et pour laquelle l’efficacité, la perfection et le bonheur sont de mises; l’importance de la cote R au collégial et l’image idéale projetée dans les réseaux sociaux en font foi. La corrélation entre la pression sociale vécue par les jeunes et les problèmes de santé mentale est démontrée (OMS, 2018).
 
Lorsqu’il est question de comprendre la réalité des jeunes, d’apporter des solutions à leurs difficultés ou de les soutenir dans leur développement, regardons-les dans leur entièreté et leur unicité, incluant leurs forces et leurs atouts. Considérons la santé mentale comme une ressource riche à préserver et florissante en accordant une importance accrue aux actions qui visent le renforcement des capacités individuelles et collectives. Ainsi, nous serons en adéquation avec les tendances internationales en santé mentale (Roberge et Déplanche, 2017).
 
Explorons les interactions avec leur environnement. Les jeunes font partie d’une famille, d’une école, d’un quartier, d’une communauté. Un niveau élevé de soutien social et un sentiment d’appartenance fort à un ou l’autre de ces milieux sont presqu’invariablement liés à une meilleure santé mentale. De plus, les statistiques font état d’écarts significatifs entre la santé des personnes vivant dans des conditions plus favorables et celles en situation de vulnérabilité. Les jeunes enfants et leurs familles n’échappent pas à cette logique implacable.
 
À l’aide d’une perspective sociale, élargissons le spectre des interventions possibles. Ceci implique la mise en place de meilleures conditions pour assurer le développement optimal des jeunes par les divers leviers que sont les politiques ainsi que les services et les programmes publics. Par exemple, les Services éducatifs à la petite enfance sont un déterminant de la santé. ACCESS Esprits ouverts, développé, implanté dans différentes villes du Canada et évalué, en est un autre exemple. Il favorise l’accès pour les jeunes de 12 à 25 ans à du soutien et à des services en santé mentale, par une approche inclusive et participative. Au Québec, il y a une volonté gouvernementale de déployer ce type de ressource dans différentes villes.
 
Il faut aussi privilégier des mesures préventives et d’autres qui s’attaquent aux inégalités sociales et économiques, dont la pauvreté et l’exclusion. L’accès aux services sociaux généraux et spécifiques, générateurs de santé et de bien-être, doivent être accessibles. Soutenons et impliquons-nous dans des démarches collectives comme le Mouvement jeunes et santé mentale, initié par trois organisations nationales2, regroupant de nombreux partenaires, et qui questionne la médicalisation des problèmes sociaux.
 
Pour mes trois filles, pour nos jeunes.

 

1 Geneviève Cloutier est travailleuse sociale et courtière de connaissances à l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec

2 Le Regroupement des auberges du cœur du Québec (RACQ), le Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec (RRASMQ) et l’Association des groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ).

Références

Observatoire des tout-petits (2017). Comment se portent les tout-petits québécois ? Portrait 2017. Montréal, Québec, Fondation Lucie et André Chagnon.

Organisation mondiale de la santé (2018). Adolescent mental health, 18 septembre 2018.  Repéré à https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/adolescent-mental-health

Roberge, M.-C. et Déplanche, F. (2017). Synthèse des connaissances sur les champs d’action pertinents en promotion de la santé mentale chez les jeunes adultes, Montréal, Institut national de santé publique du Québec.

Traoré, I., Julien, D., Camirand, H., Street, M.-C. et Flores, J. (2018). Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2016-2017. Résultats de la deuxième édition. L’adaptation sociale et la santé mentale des jeunes, [En ligne], Québec, Institut de la statistique du Québec, Tome 2, 189 p. www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/sante/enfants-ados/adaptation-sociale/sante-jeunes-secondaire-2016-2017-t2.pdf

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