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La santé mentale : une réalité éminemment sociale

Publié le 31 janvier 2013 par Marie-Lyne Roc

Depuis des décennies, les travailleurs sociaux œuvrent dans le champ de la santé mentale en intervenant à la jonction des personnes et de leur environnement. Ils prennent en compte leur réalité subjective, leur contexte et leurs conditions de vie, leurs rôles sociaux et leur réseau, dans une perspective de rétablissement, de pouvoir d’agir, de pleine citoyenneté et de justice sociale. Malgré l’expertise développée en travail social dans le champ de la santé mentale, les interventions ciblant les déterminants sociaux tels que le revenu, le statut social, le niveau de scolarité, l’environnement physique, les conditions de logement et de travail, ainsi que les réseaux de soutien social sont souvent peu considérées dans le traitement, laissant place à des protocoles de soins axés principalement sur la symptomatologie liée au trouble.

Plusieurs tenants de la recherche sociale expliquent notamment cette tendance par la difficulté de produire des données probantes liées à ces déterminants. Or, de plus en plus, les services offerts dans le réseau de la santé et des services sociaux sont orientés par des experts qui s’inspirent de l’approche positiviste et qui accordent aux données probantes, issues des recherches par essais cliniques randomisés, une place prépondérante pour identifier les pratiques exemplaires à retenir. D’autres chercheurs attribuent le phénomène au construit social autour des logiques de performance, de productivité, d’autonomisation et d’épanouissement personnel qui prévaut largement dans nos sociétés. Selon eux, ces « dogmes » favorisent des interventions individuelles et psychologisantes, qui responsabilisent d’abord l’individu tant dans l’explication que dans la réponse à donner à ses difficultés.

Si la prédominance du discours médical et psychologique en santé mentale est établie, on constate, depuis quelques années, la forte émergence d’un courant qui traite la santé mentale comme une réalité sociale et qui reconnaît l’influence des déterminants sociaux sur la santé mentale. Ce courant propose des interventions axées sur la complémentarité des savoirs, les collaborations interprofessionnelles et l’interdisciplinarité, dans une perspective de rétablissement et de pleine citoyenneté des personnes. Il interpelle plus que jamais le savoir et la pratique des travailleurs sociaux. Témoins au quotidien des répercussions réelles qu’ont les conditions de vie des personnes sur leur qualité de vie, plus particulièrement sur leur santé physique et mentale, ils sont des acteurs clés pour aider à documenter et à comprendre la complexité des situations vécues par les personnes et les communautés tout en agissant sur cette complexité.

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Travail social et santé mentale