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L’obésité sous l’angle de la dépendance alimentaire

Publié le 4 mars 2018 par Catherine Begin

L’obésité est un problème de santé important qui touche un nombre considérable de personnes et qui est associé à différentes conséquences sur les plans physique et psychologique. Dans l’optique de mieux comprendre ce phénomène, il a été proposé que la consommation excessive de nourriture dans un contexte d’obésité pouvait s’apparenter à une dépendance aux substances. Cette dépendance serait définie par la présence de symptômes cognitifs, comportementaux et physiologiques qui mènent à une consommation de substances répétées et continues, et ce, malgré les conséquences négatives qui s’ensuivent.

Les premiers appuis empiriques proviennent principalement d’études basées sur un modèle animal de dépendance au sucre et d’études en neuroimagerie. Toutefois, c’est depuis le développement du Yale Food Addiction Scale (YFAS) en 2009, un questionnaire autorapporté inspiré des critères diagnostiques de la dépendance à une substance du DSM-IV TR, que l’on systématise la définition de la dépendance alimentaire (DA) en offrant un outil standardisé. Ce dernier permet ainsi de distinguer les individus présentant des symptômes de DA.

À ce moment, la recherche sur la DA prend un essor considérable. La caractérisation des personnes présentant de la DA est parmi les objectifs prioritaires. Dans l’ensemble, les résultats obtenus laissent entrevoir que la DA est associée positivement à l’Indice de masse corporelle (IMC : kg/m2). En fait, la DA se manifeste plus fréquemment chez les personnes présentant de l’obésité (25 %) et de l’obésité sévère en attente d’une chirurgie bariatrique (50 %) que chez les personnes de la population générale (11 %). Les individus présentant de la DA rapportent aussi plus de comportements alimentaires problématiques, tels que des envies alimentaires intenses, de l’alimentation hédonique, de la surconsommation en contextes émotionnels, du grignotage excessif et des épisodes hyperphagiques. Sur le plan psychologique, on note plus de symptômes de dépression et plus de chance de remplir les critères diagnostiques d’un trouble déficitaire de l’attention et de l’hyperactivité (TDAH). Nos données en contexte bariatrique soutiennent ces résultats en plus de faire ressortir des déficits sur le plan cognitif. Les personnes qui souffrent de DA rapportent plus de difficultés de planification et d’organisation, de mémoire au travail et de monitorage de la tâche.

En conclusion, malgré le débat actuel sur l’identité de la DA, qu’il s’agisse d’une dépendance à la nourriture transformée et savoureuse, d’une dépendance comportementale (sans substance) ou encore, d’un sous-type du diagnostic des troubles alimentaires, il n’en demeure pas moins que les données actuelles convergent vers l’idée que les individus présentant une DA afficheraient un portrait clinique plus sévère dont il importe de tenir compte.

Références

Davis C, Curtis C, Levitan RD, Carter JC, Kaplan AS, Kennedy JL. (2011) Evidence that “food addiction” is a valid phenotype of obesity. Appetite. Dec; 57(3): 711-7.

Meule, A., Rezori, V., & Blechert, J. (2014). Food addiction and bulimia nervosa. European Eating Disorders Review, 22(5), 331-337.