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Moissonneuse-batteuse, boulot, dodo?

Publié le 25 février 2014 par Jaunathan Bilodeau

Métro, boulot, dodo. La conciliation travail-famille est dans l’air du temps. Bien réussie, elle constitue une source de bien-être et de santé. Mais peut-on aussi dire : moissonneuse-batteuse, boulot, dodo? Voyons comment une meilleure compréhension de la conciliation travail-famille chez les agriculteurs pourrait jeter un éclairage nouveau sur les défis que comporte leur réalité.

La recherche sur la conciliation travail-famille précise que le travail et la famille ne sont pas des sphères d’activité indépendantes, mais traduirait plutôt l’occupation de rôles sociaux (c.-à-d. être un travailleur, un parent, un conjoint) susceptibles de s’influencer mutuellement, négativement et positivement. Sur le plan négatif, la conciliation travail-famille peut constituer un conflit interrôles à l’intérieur duquel les demandes issues de la sphère familiale et celles de la sphère du travail sont mutuellement incompatibles (par ex. : conflit basé sur le temps, sur la pression et sur le comportement). Le conflit basé sur le temps émerge lorsque le temps consacré à un rôle diminue le temps disponible pour l’autre rôle (par ex. : longues heures déployées lors des récoltes). Le conflit basé sur la pression a lieu quand le stress vécu occasionne des difficultés à remplir les obligations d’un autre rôle (par ex. : stress financier). Quant aux conflits basés sur le comportement, il survient au moment où un comportement entraîne des difficultés à satisfaire les exigences d’un autre rôle (par ex. : surengagement dans le travail). Sur le plan positif, la participation à plusieurs rôles sociaux crée des opportunités et des ressources pouvant être utilisées afin de faciliter le fonctionnement dans un autre rôle (par ex. : la participation à des activités communautaires et le soutien social qui en découle). Essentiellement, la conciliation travail-famille est bidirectionnelle : le travail peut interférer avec la vie de famille ou faciliter celle-ci, et inversement. Dans un cas comme dans l’autre, des effets sur le bien-être et la santé mentale et physique des travailleurs sont démontrés.

Les connaissances sur la conciliation travail-famille se sont largement développées au sujet des travailleurs dont le lieu de travail diffère du lieu familial. Or, chez les travailleurs agricoles, la réalité est toute autre. Selon Statistique Canada, près de 85 % des exploitants agricoles sont de type familial combinant ainsi le travail et la famille au même endroit. Cette caractéristique particulière des exploitants agricoles soulève plusieurs questions sur la prise en charge de la conciliation travail-famille chez les travailleurs agricoles : ce phénomène a-t-il le même effet sur la santé mentale des agriculteurs? Pouvons-nous appliquer les mêmes modèles pour comprendre la manière dont le travail et la famille interagissent et affectent la santé mentale des agriculteurs?