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Psychothérapie : la question n’est pas de savoir si on peut se permettre de l’offrir, mais bien de savoir si on peut se permettre de ne pas l’offrir

Publié le 10 janvier 2016 par Martin Drapeau

L’Organisation mondiale de la santé estime que la dépression est la première cause d’incapacité et qu’elle contribue fortement au fardeau mondial de la maladie. On estime par ailleurs qu’au Canada, environ 20 % de la population sera affectée par un trouble mental dit transitoire, dont la dépression. Ces troubles sont associés à une dégradation marquée du fonctionnement des individus, à une dégradation de leur qualité de vie, et à la mortalité par suicide, en plus de représenter des coûts considérables tant en coûts directs liés aux soins qu’en coûts indirects liés par exemple à une baisse de la productivité. Toujours au Canada, on estime que les coûts associés aux problèmes de santé mentale atteignaient 52 milliards de dollars en 2006. C’est beaucoup. Peut-on dès lors imaginer qu’en assurant les frais liés à la psychothérapie, en la rendant accessible à tous ceux qui pourraient en bénéficier, en payant donc davantage de professionnels pour offrir ce service, nous pourrions récupérer notre investissement ? Aujourd’hui, avec ce billet, j’aborde la question froidement, faisant fi délibérément des considérations humaines.

Dans le cadre de nos travaux avec l’INESSS pour le compte du ministre de la Santé, nous avions déjà établi, à la suite d’une revue systématique, que l’économicité de la psychothérapie dans le traitement des troubles anxio-dépressifs est équivalente à celle des médicaments à court terme (et même supérieure lorsque la thérapie est offerte en thérapie de groupe), et supérieure à la pharmacothérapie à plus long terme. C’est un début; mais est-il possible d’être encore plus précis?

C’est le défi que mes collègues H.M. Vasiliadis, A. Lesage, E. Latimer et moi-même nous sommes récemment donnés. Dans une étude de modélisation socio-économique qui devrait paraitre sous peu, nous avons estimé les conséquences — notamment les conséquences financières — de la dépression et de son traitement (ou de l’absence de traitement) sur une période de 40 ans, le tout étayé par des données canadiennes et établi selon une modélisation rigoureuse. Sans surprise, puisque d’autres ont trouvé des résultats similaires auparavant, la modélisation démontrait qu’un meilleur accès à la psychothérapie menait à une réduction de la souffrance et à une augmentation de la qualité de vie liée à la santé. Cela en soi devrait suffire comme argumentaire. Mais imaginons un instant que tout n’est question que d’argent. Qu’en est-il donc des coûts et surtout du retour sur l’investissement ?

Eh bien, au Canada, pour chaque dollar investi dans un programme d’accès à la psychothérapie, notre modèle indiquait qu’il y aurait environ 2 $ d’économie à la société.

Qui dit mieux ? De toute évidence, la question n’est plus de savoir si on peut se permettre d’assurer la psychothérapie, mais bien de savoir si on peut se permettre de ne pas le faire.